Kabylie-Traditions
Ascension d'Azru N'Thor
Tizi-ouzou, 10 août 2006 (bms)- Le col de Tirurda dans
le Djurdjura, de la région d'Iferhounene, devrait voir passer, comme
chaque année pendant, les trois premiers vendredi du mois d'août,
des milliers visiteurs se dirigeant vers de la crête du lieu dit
Azru nethor. Le rituel est orgnisé succéssivement et à
tour de rôle par trois viollages de la région. Voici mon reportage
de l'événement qui date de quelques années mais qui
reste certainement d'actualité.
Le 19 août 2005, j'ai succombé comme
bon nombre de personnes à la curiosité d'aller visiter Azru
nThor , un lieu-dit entouré de mythe et de croyances dont la presse
n'a cessé de parler ces dernières années. Je vous
raconte ici ce que j'ai vu et ce qui se dit autour de cet endroitainsi
que le meilleur itinéraire à suivre pour y parvenir.
Assenssi, ascension et veillée
Je connaissais Azru n'Thor depuisque j'étais
enfant et que je voyais de l'autre côté de Bouzeguène.
Je me situais alors dans le temps, comme bon nombre
de gens, par rapportà ce pic ou le rocher au dessus duquel brille
le soleil en milieude journée (vers 13 heures), plus spécialement
à l'heurede la deuxième prière de la journée
pour les musulmans,lcelle du Dhohr (Thor en kabyle).
Les articles de presse consacrés au rituel depuis
quelques années m'ont décidé à aller faire
un tour, étant moi-même journaliste, c'est à dire un
curieux, professionnel (dans ce cas ce n'est pas un vilain défaut,
au contraire).
Parti de chez moi à 6 heures du matin, je
devais arriver sur place à 10 h 30 minutesaprès avoir emprunté
le chemin des stations de fourgons deTizi-Ouzou, Ain El Hammam et Iferhounene).
Il n'y avait pas foule audépart des stations
de Tizi-Ouzou et aucun transport particuliern'a été prévu
par les organisateurs.
J'ai même du attendre une heure à Tizi-Ouzou
avant que le fourgon en partance vers AinEl Hammam n'affiche complet.
Le trajet le plus captivant est celui reliant bien
entendu Iferhounene à Azru N'Thor.
Celui-ci est une simple route, par endroits en mauvais
état, jusqu'au col de Tirurda.
C’est avec une certaine inquiétudeque
le trajet sera vécu par ceux qui ont le vertige comme moi, carla
route longe la montagne et passe par quelques petits tunnels.
Ensuite à partir du col de Tirurda, ce sera
une piste quelque peu aménagée mais assez éprouvante
pour les véhicules, les conducteurs et les voyageurs.
C'est le trajet le plus coûteux puisque j'ai
payé 100 dinars pour cette dizaine de kilomètres contre autant
de dinars pour Tizi-Ouzou-Ain El hammam (80 dinars) Iferhounene
(20 dinars) soit 65 kilomètres environ.
Sur place, des jeunes armés de fusils organisaient
l'arrivée des visiteurs en multipliant desendroits de parkings.
J'ai pu constater en arrivant que des centaines
de personnes m'avaient précédé cejour du 19 août
2005 dont c'est le tour du village Ath Atsou d'organiser la visite et la
célébration de l'événement.
Car deux autres villages,Zoubga et Ath Adelli, avaient
organisé les deux précédentsvendredi des célébrations
similaires. Le rituel est ainsichaque année.
Il fallait poursuivre un bon trajet de 300 à
400 mètres en marchant. Au pied d'Azru n'Thor, un petit souk improvisé
(décidemment) propose aux visiteurs toutes sortes de fruits et autres
produits de poterie.
A quelque dizaines de mètres plus en avant,
une sorte de plate-forme comprenant une modeste construction est occupée
par les organisateurs. De cette sorte de refuge sortdu bon couscous avec
des morceaux de la viande.
Tout autour, des familles prenaient place sous de petits arbres
de cèdre pour se protéger du soleilalors que bon nombre de
visiteurs montent en famille (femmes et enfants)vers le pic de 1884 mètres
ou en redescendent.
Le trajet est assez escarpé mais tous les
gens font l'effort nécessaire de monter et de redescendre.
Sur place tout en haut la vue panoramique est imprenable. Elle est
unique ''à 360 degrés à la ronde'', selon l'expression
consacrée.
Une sorte de tombeau de marabout y a été
construit en l’honneur du saint Ouali dont on ignorepourtant
même le nom mais qu'on désigne par le les lieux ''Azrun'Thor''
(Le rocher de Thor).
Une terrasse y a été aménagée
pour permettre d'admirer le beau paysage montagneux.
Lesjeunes, qui assuraient l'ordre, que j'ai
interrogé sur l'origine de cette célébration, m'ont
demandé, quelque peu gênés, de m'adresser aux ''vieux''.
Expression de vœux, prièreset …
prise de photos succéderont une redescente au pied du pic pouroffrir
un don dans une tente où les vieux vous gratifieront de tousles
vœux de bonheur et de réussite.
Ensuite, place au couscous qui sera servi par groupes
de personnes ou de familles On m'a affirmé que les Ath Astou ont
sacrifié 65 moutons alors que trois bœufs attendent d'être
immolés le lendemain sous forme de Timecret, une autre tradition
ou la viande des bêtes sacrifiées serapartagées entre
les villageois exclusivement.
La célébration de la tradition d'Azru
N'Thor commence mercredi pour les villageois. Cejour-là, ils se
rendent sur les lieux pour ramener du bois de chauffageou tout autre moyen
de cuisson.
Le jeudi, les bêtesseront immolées
en même temps qu'une grande réunionsera organisée en
vue d'aplanir toute forme de différendsentre villageois. Le vendredi
c'est le jour dit ''Agraw Zouar'', C'està dire, le jour de l'accueil
des visiteurs.
Tout en bas, une source dite bienfaitrice est également
très visitée.
Du mythe et de l'étrange
Le mythe et l'étrange entourent Azru n'Thor.
Certains disent qu'un saint Ouali y a vécu
en ermite et avait l'habitude de faire l'appel à la prière
à cet endroit avant d'y mourir justement à l'heure du Thor
(Dhohr).
Ce saint ouali dont on ignore même le nom
prodiguaient des conseils en tous genres aux gens quivenaient lui rendre
visite, dit-on.
D'autres disent que des saints ouali avaient
l'habitude de se réunir à cet endroit.
Des faits étrangessont attribués également
à cet endroit.
On raconte que jadis lorsqu'un émigré
tarde à revenir, sa famille vient ici lui lancer un appel
avant de le voir pointer un jour. Je retrouve cette croyance qui m'a été
racontée du côté de Makouda au lieu dit Acruf n'Siwan,
la falaise (du faucon) qui surplombe la localité.
On raconte également qu'un jour un grand
plat de couscous est tombé du haut du pic sans se répandre
par terre. Un villageois m'a raconté l'histoire d'un autre qui était
sur le front lors de la deuxième guerre mondiale et dont le courage
a été dopé pas la vision qu'il a eue du saint Ouali
Azru n'Thor, qui lui a donné des conseils pour survivre.
Les vœux exprimés ici par des malades,
des femmes non mariées et autres sont exaucés ensuite, affirme-t-on
ici.
Mais plus terre à terre, Azru N'Thor a tous
les aspects d'un endroitmontagneux du Djurdjura constitué d'un grand
espace non exploité touristiquement parlant.
Pourtant les indices de sa rentabilité existent
si on y réalise quelques investissement en commençant pas
la réalisation de la route qui y mène.
Pour les seuls trois jours de la célébration,
les villageois concernés, qui nesont pas assez naïfs pour se
lancer dans une entreprise pareille sielle n'était pas rentable,
arrivent à recueillir jusqu'àun milliard de centimes sinon
plus de dons, m'a-t-on affirmé.
Ceci en plus des bienfaits sociaux que cette célébration
provoque au sein de ces villages qui ravivent la solidarité ancestrale
de leurs membres en es occasions.
Azru n'Thor a tous les atouts d'un endroit bien
indiqué pour le tourisme climatique et les jeuxd'hiver.
Il suffit de croire un peu plus à ce genre
de pragmatisme et d’investir un peu dans l’équipemet
des lieux..
Qui va le faire?
Là .... est une autre histoire !
Belkacemi Mohand Said - Kabylie.unblog.fr
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